Le parti de la
Le "grain de sel" de Jean-Claude Rolinat

SRI-LANKA : « MEURTRES AU PARADIS ».

L’île de Ceylan, rebaptisée République du Sri Lanka par les autochtones, peut-être la plus belle perle de l’ancien collier colonial britannique, a été frappée le dimanche de Pâques par une vague d’attentats anti-chrétiens sans précédent. Pourtant l’île, pendant la guerre civile entre Cinghalais et Tamouls, en avait connu des horreurs, avant que l’armée nationale n’écrase définitivement dans leur enclave du nord-ouest, dans la péninsule de Jaffna,  les « Tigres Tamouls » de l’Etat autoproclamé de l’Eelam. La mort de Velupillai  Prabahakaran, chef des Tigres de Libération de l’Eelam  tamoul (LTTE), en mai 2009 (1), sonna le glas de leurs espérances séparatistes. Cette guerre avait fait en trois décennies plus de 70 000 morts, chiffre à rapprocher de la population, 20 millions d’âmes.   Selon un bilan provisoire à l’heure où ces lignes sont écrites, c’est environ 300 personnes qui ont trouvé la mort dans l’explosion de bombes déposées dans trois  églises, notamment Saint-Antoine  à Colombo, (2)  et quatre hôtels, dont le Cinnamon Grand Hôtel où un musulman, Mohamed Azzam Mohamed,s’est fait exploser parmi les clients. L’heure et le jour n’ont pas été choisis au hasard, c’est en pleine célébration de la messe pascale que ces engins de mort ont explosé. De Londres à Washington en passant par Paris ou New-Delhi, c’est la stupeur et l’indignation qui se sont exprimées. Un émoi considérable a frappé les croyants, à commencer par ceux qui se trouvaient au Vatican, le cœur de la Chrétienté. Mais si le pape François n’a exprimé que  « sa tristesse », l’archevêque de la capitale cinghalaise a demandé que les coupables « soient châtiés sans pitié ». Un curé de choc, lui, pas un « bisounours » papal !
Une carte postale souillée
La carte postale sri-lankaise, avec ses plages ourlées de cocotiers, ses temples immaculés, ses collines assaillies de plantations de thé, et sa jungle pacifique où fût tourné, notamment, le film « Le pont de la rivière Kwaï » , est sérieusement écornée. Bien qu’une autre bombe ait été désamorcée sur la route menant de la capitale  à l’aéroport, ce dernier est resté ouvert au trafic, sous très haute surveillance. La police a officiellement annoncé avoir arrêté  des suspects en liaison avec ces actes de terreur. Les regards se tournent vers le National Thow Heeth Jarma’ath (NTJ), une organisation islamiste qui s’était déjà fait connaitre pour son hostilité au bouddhisme. Mais certaines rumeurs,-malveillantes, pour brouiller les pistes ?-, évoquent certains militaires, courroucés, par l’intrusion de chrétiens dans les enquêtes concernant la répression menée contre les Tigres tamouls. Toujours est-il que…
… Là comme ailleurs, « le bien vivre ensemble » est soumis à rude épreuve…
Les attentats de Colombo et de Batticaloa ne sont que les énièmes actes christianophobes qui ensanglantent ou mutilent la planète, du Caire à l’Irak, en passant par notre France profonde où les autorités semblent bien plus préoccupées par une imaginaire islamophobie, que par une réelle haine anti-chrétienne, telle qu’elle s’est exprimée, par exemple, sur les réseaux sociaux à l’occasion de l’incendie de Notre Dame. Incendie, d’ailleurs, dont on ignore encore, à ce jour, les origines et qui, sans complotisme aucun, est peut-être d’origine criminelle. Mais le saura-t-on jamais un jour ? Ce qui ne doit pas faire oublier non plus le départ de feu suspect à Saint-Sulpice, ou les profanations diverses et variées,-d’inspiration sataniques ?-, des cimetières et autres lieux ou symboles chrétiens, calvaires, crucifix etc…
Le Sri-Lanka, avec sa population composite, ethniquement et religieusement divisée, est l’exemple type du refus du « bien vivre ensemble ». Les communautés se supportent, plutôt mal que bien, ici comme ailleurs, à Chypre, au Liban, en Turquie, en Palestine/Israël, aux îles Fidji, Bosnie, etc…Bref partout où l’on oblige des peuples à vivre « dans le même sac » étatique. Et ce ne sont pas les évènements que connaissent quotidiennement nos banlieues, qui démentiront le constat. Le Sri Lanka sort d’une longue et furieuse guerre civile-raciale qui a opposé les « indigènes », les Cinghalais, principalement bouddhistes, -70 % de la population- , aux immigrés tamouls venus de l’Inde dravidienne  et à leurs descendants, importés par le colonisateur anglais pour travailler dans les plantations de thé. Ces derniers étaient généralement musulmans, leur pourcentage tournant autour de plus ou moins 10 %, comme d’ autres Sri-Lankais de religion  hindouiste. Le reste étant chrétien ou animiste.
Le tourisme local est en grand danger
Le ministère des affaires étrangères local a déclaré à l’AFP « qu’autour de 37 étrangers sont morts, sur lesquels 11 ont été identifiés. Certains des corps sont mutilés et il est compliqué de les identifier »… C’est ainsi que le magnat du prêt -à -porter danois a perdu l’essentiel de sa famille. Voici une terrible situation qui ne va pas arranger le tourisme, une activité employant une nombreuse main-d’œuvre, tourisme qui venait de repartir après les « années de plomb » de la guerre contre les rebelles Tamouls. D’autant que la situation politique est compliquée :  si le président de la République, Maithripala Sirisena, leader de la coalition de gauche United people freedom aliance (UPFA) a été élu en 2015, c’est le parti de droite de Mr Rani Wickremesinghe de National front for a good gouvernance qui occupe la primature ! Une situation ubuesque qui ne facilite pas la cohabitation pourtant nécessaire entre deux hommes en conflit politique permanent, dans une île en proie à la corruption, à la pauvreté et à l’intransigeance religieuse.

Jean-Claude ROLINAT
 
 
  1. Selon des sources officielles, il aurait été abattu en fuyant dans une ambulance, en compagnie de deux de ses lieutenants.
  2. La capitale a été transférée dans la banlieue sud-est de Colombo, à Kotte, rebaptisée pour la circonstance «Sri Jayawardenapura Kotte ». Une tendance très asiatique, avec la Birmanie (Myanmar) et la Malaisie, qui ont délaissé leurs capitales, respectivement Rangoon et Kuala-Lampour au profit de villes nouvelles, Naypydaw et Putrajaya.
 
 


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